Ouattara : la vengeance est un plat qui se mange froid

TERRAIN MINÉ

De guerre lasse, Laurent Gbagbo s’en remet officiellement « aux dispositions que le greffe de la CPI est en train de prendre pour leur retour sécurisé en Côte d’Ivoire », Charles Blé Goudé et lui.

Leur acquittement définitif devant la CPI, le 31 mars 2021, ne garantit pas leur retour immédiat. La cause semble d’autant entendue que Dr Assoa Adou, secrétaire général du FPI-tendance Gbagbo, d’habitude formel sur les dates, reste désormais vague sur le retour en utilisant l’adverbe « incessamment ».

Le terrain est, en effet, miné. Alassane Ouattara a, c’est vrai, quelquefois donné des gages d’un feu vert au retour de son prédécesseur. « Laurent Gbagbo est mon frère » avec lequel, affirmait-il, il n’y aurait plus aucune rivalité. « Je souhaite qu’il rentre après la décision d’appel », s’était-il engagé dans une interview à France 24.

La nomination, le 15 décembre 2021, de Kouadio Konan Bertin dit KKB, malheureux candidat à la présidentielle du 31 octobre 2020, au ministère de la Réconciliation nationale a sonné comme un coup d’accélérateur au processus alors en panne. Le nouveau membre du gouvernement a même annoncé qu’il se rendrait à Bruxelles pour rencontrer Laurent Gbagbo, « un acteur majeur » dont le retour, selon lui, doit aider à « consolider la paix sociale ».

Mais Ouattara n’a pas mis tous ses œufs dans le même panier. Résultat, tous ces feux verts sont passés subitement au rouge en raison de nombreux obstacles délibérément dressés. Ouattara lui-même n’a pas manqué, au cours de son interview sur France 24, de brandir le chiffon rouge des « nombreux procès » qui attendent Gbagbo en Côte d’Ivoire.

Il a passé sous silence le jugement par contumace du « braquage de l’agence nationale de la BCEAO » pour lequel Gbagbo a été condamné à 20 ans de prison, mais il s’est appesanti sur le sort des victimes de la guerre post-électorale. Ces dernières, a déclaré le chef de l’État, ont saisi les tribunaux ivoiriens pour obtenir gain de cause.

Car s’il a échoué à La Haye où il jugeait la justice internationale compétente et crédible, il entend prendre sa revanche en Côte d’Ivoire en faisant juger pour la deuxième fois les prévenus pour les mêmes faits. Ceci entraînant cela, la scénarisation de la pièce de théâtre n’est plus alors qu’un jeu d’enfants depuis l’élargissement des détenus du quartier pénitentiaire de Scheveningen, à La Haye.

Le collectif des victimes de Côte d’Ivoire, des éditorialistes maison et des avocats de l’État et du RDR sont à la manette pour promettre, en tirs groupés, le feu et l’enfer à Gbagbo et Blé Goudé. En réalité, ces figurants ne sont que des marionnettes manipulés par le ventriloque. Pour qui, manifestement, la vengeance est un plat qui se mange froid.F. M. Bally Photo: Alassane Ouattara, alors dans l’Opposition, et Laurent Gbagbo, le chef de l’État.
Bally ferro

Issaiaka Diaby, président du collectif des victimes en CI :

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« Si Laurent Gbagbo et Blé Goudé descendent à l’aéroport, il faut qu’on les accompagne directement à la Maca. Nous irons voir le procureur de la République, Adou Richard pour qu’il donne un mandat de dépôt qui sera déposé à l’aéroport pour que quand ils arrivent on les accompagne à la Maca. L’impunité a longtemps été érigée en mode de gouvernance dans ce pays et nous, on ne veut plus ça. Dans le cas de Blé Goudé, le Cvci s’est constitué en partie civile et nous exigeons que cette décision de justice soit exécutée même si le président Ouattara veut négocier ».

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