Suite de la copie du Juge Henderson

CPI : Raisons du juge Geoffrey Henderson (Page 184-203 sur 1031)

CPI : Raisons du juge Geoffrey Henderson (Page 179-185 sur 1031)

CPI : Raisons du juge Geoffrey Henderson (Page 168-179 sur 1031)

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2. Réunions spécifiques

a) Réunion du 19 novembre 2010

316. Premièrement, les allégations concernant la réunion du 19 novembre 2010 seront examinées. Les allégations elles-mêmes ne permettent pas de savoir ce que le Procureur suggère qui s’est passé lors de cette réunion. Au tribunal, le général Mangou a confirmé sa présence à cette réunion mais le général Bi Poin ne se souvenait pas que cette réunion avait eu lieu. Le journal de bord de la résidence montre les généraux Mangou, Guiai Bi Poin et Kassaraté qui arrivent et qui partent à des heures similaires, ce qui laisse supposer qu’ils ont peut-être participé à la même réunion avec M. Gbagbo. Cependant, le Procureur n’a signalé aucun élément de preuve susceptible d’indiquer le contenu de la réunion. À cet égard, il est à noter que le général Bi Poin ne se souvient pas non plus s’il avait discuté du décret du 14 novembre 2010 réquisitionnant les FANCI, comme l’a suggéré le Procureur.

b) Réunion du 24 novembre 2010

317. Passons maintenant aux allégations concernant la réunion qui a eu lieu le 24
En novembre 2010, le journal de bord de la résidence montre les généraux Mangou, Guiai Bi Poin et Kassaraté arrivés et partis à des heures similaires et demandant une visite à M. Gbagbo. Au tribunal, le général Bi Poin ne se souvenait pas s’être rendu à la résidence présidentielle à cette date; il ne se souvenait pas de ce qui avait été discuté lors de cette réunion et ne se souvenait pas non plus avoir parlé du couvre-feu allégué. Il est également noté que le journal de bord montre que Bertin Kadet est arrivé plus tard que les généraux Mangou, Guiai Bi Poin et Kassaraté et est parti en même temps qu’eux. Cependant, il est noté que le général Kassaraté ne se souvenait pas s’être rendu à la résidence à ce moment-là avec Bertin Kadet et ne pouvait pas dire s’il restait avec M. Gbagbo pendant toute la durée de la visite, comme indiqué dans le journal de bord. Il a témoigné que leurs discussions de l’époque concernaient la sécurité des élections, la protection des personnes et des biens, et a rappelé n’avoir eu aucun échange spécifique avec M. Gbagbo au-delà de ces sujets. Le Procureur n’a signalé aucune autre information sur le contenu de cette réunion.

c) Réunion du 26 novembre 2010

318. En ce qui concerne la réunion qui aurait eu lieu le 26 novembre 2010,
Le général Mangou a témoigné à propos de la rencontre avec M. Gbagbo et le Premier ministre Guillaume Soro qui a eu lieu «avant la signature du décret» au cours de laquelle ils ont discuté de l’imposition du couvre-feu. Le journal de bord de la résidence suggère que le Premier ministre, les généraux Mangou, Guiai Bi Poin et Kassaraté sont arrivés et sont partis à des heures similaires le 26 novembre 2011. Le général Bi Poin ne s’est pas rappelé de cette réunion en particulier, mais il a précisé que si le registre le prouve, doit avoir été là. Le général Kassaraté ne s’est pas souvenu d’une telle réunion; il ne pensait pas être présent à une telle réunion.

d) Réunion du 27 novembre 2010

319. Le Procureur a évoqué une réunion qui s’est tenue le 27 novembre 2010 au palais présidentiel, à laquelle ont assisté les «généraux des FDS» et le président du Burkina Faso. Le général Mangou a rappelé une réunion du 27 novembre 2010 au cours de laquelle il avait discuté du couvre-feu avec M. Gbagbo et d’autres officiers, en présence du président du Burkina Faso. Le général Bi Poin ne se souvient pas de la date de cette réunion mais se souvient que «tout le monde» était présent à une réunion pour discuter du couvre-feu. Il a témoigné que

La seule fois où je me souvenais de parler du couvre-feu avec les autres commandants, les autres généraux, c’était au palais présidentiel. Et tout le monde était présent: toutes les autorités politiques, les autres candidats, le président du Burkina Faso à l’époque, tout le monde s’est retrouvé au palais présidentiel. Et nous, les soldats, avons été invités à se consulter et à donner leur avis sur le couvre-feu. Et nous avons discuté dans un petit coin du bureau du président, et le chef de cabinet est allé dire que le couvre-feu permettrait d’éviter de mauvais incidents avant les élections, car c’était avant les élections. Il proposait donc que le couvre-feu soit maintenu ou imposé.

e) Réunions des 30 novembre et 3 décembre 2010

320. Le Procureur allègue que le 30 novembre 2010, Paul Yao N’Dré, président du Conseil constitutionnel, a rendu visite à M. Gbagbo. Le Procureur a formulé cette allégation à propos de Damana Pickass, qui avait déchiré à la télévision nationale les résultats préliminaires du second tour des élections. Le journal de bord de la résidence enregistre cette visite. Des allégations similaires sont évoquées à propos de la visite de Yao N’Dré à la résidence présidentielle le 3 décembre 2010, qui semble également figurer dans le journal de la résidence. S’agissant de cette dernière réunion, le Procureur a également évoqué un extrait de l’émission de RTI du 3 décembre 2010 selon laquelle Yao N’Dré aurait été proclamé président de M. Gbagbo après lui avoir rendu visite ce jour-là. Rien ne prouve ce qui a été discuté entre Paul Yao N’Dré et M. Gbagbo au cours de ces deux réunions, à supposer qu’elles se soient effectivement réunies pour discuter. Bien que le moment choisi pour ces deux réunions présumées soit douteux en ce que le journal de résidence indique que Yao N’Dre a visité la résidence présidentielle les 30 novembre et 3 décembre 2010, en l’absence de tout autre élément de preuve, la Chambre ne peut que spéculer sur: ce qui peut avoir été discuté. En supposant que la réunion ait effectivement eu lieu, on peut en déduire que Yao N’Dre et M. Gbagbo ont peut-être discuté des événements entourant la proclamation des résultats des élections de 2010, mais sans autre déduction, on ne peut en tirer aucune autre conclusion. N’Dre à deux reprises à la résidence présidentielle.

f) Réunion du 1er décembre 2010

321. Le Procureur a formulé deux allégations concernant les réunions qui se sont déroulées le 1 er décembre 2010: premièrement, il y avait eu une réunion pour discuter de la prolongation du couvre-feu et deuxièmement, qu’un grand nombre de visiteurs étaient partis peu après minuit après la fin du conflit. délai imparti à la CEI pour proclamer que les résultats des élections avaient expiré. En ce qui concerne la première allégation, le journal de bord indique que les généraux Mangou, Guiai Bi Poin, Kassaraté, Bredou M’Bia, Dogbo Blé et Detoh Letho sont arrivés à la même heure et ont quitté la résidence au même moment. Le général Bi Poin ne s’est pas souvenu de la visite ni de son but. Le général Kassaraté a déclaré dans son témoignage qu’il n’était «pas en mesure de se souvenir avec précision s’il s’était rendu à la résidence ce jour-là» et qu’il ne se souvenait pas de la présence de M. Blé Goudé ni du général Detoh Letho. Le général Detoh Letho a déclaré avoir eu des réunions à la résidence les 1er, 2 et 4 ou 5 décembre, au cours desquelles le chef d’état-major a rendu compte de la situation sur le terrain. À la lumière de cela, il n’est pas possible de conclure ce qui a été discuté lors de cette réunion. De même, en ce qui concerne la deuxième allégation, le journal de bord indique qu’un nombre de personnes partent après minuit. Cependant, en l’absence de toute preuve démontrant le but de leur visite et / ou de leur départ, aucune conclusion ne peut en être tirée.

g) Réunions du 3 décembre 2010

322. Il est noté qu’il y a des allégations concernant deux séries de réunions qui ont eu lieu le 3 décembre 2010. La première concerne la réunion entre ministres. Le second concerne une réunion entre les généraux des FDS au cours de laquelle ils auraient également prêté allégeance à M. Gbagbo. Celles-ci ont été discutées à tour de rôle.

323. À l’appui de ses allégations concernant la mise en œuvre du Plan commun, le Procureur s’est fondé sur le prétendu procès-verbal de la réunion qui s’est tenue le 3 décembre 2010 et à laquelle auraient participé le ministre Djédjé et Bertin Kadet. Le Procureur suggère qu’Aboudramane Sangaré et Désiré Tagro ont également assisté à cette réunion au motif qu’ils sont arrivés à peu près au même moment. Le journal de bord de la résidence montre les ministres Bertin Kadet, Aboudramane Sangaré et Désiré Tagro qui arrivent à peu près à la même heure ce jour-là. Le ministre Djédjé aurait été visité trois fois au cours de la même journée, les heures se chevauchant740.

324. Le Procureur a appelé le document CIV-OTP-0018-0220 pour faire d’autres allégations concernant le contenu de cette prétendue réunion entre les ministres. Le Procureur ajoute que ces procès-verbaux sont très pertinents car ils démontrent «des efforts, une contribution, une intention et une sensibilisation coordonnés et concertés de M. Gbagbo et des membres du » cercle restreint « pour maintenir M. Gbagbo au pouvoir par tous les moyens ».

325. En ce qui concerne le document CIV-OTP-0018-0220, il est noté qu’il ne porte pas d’en-tête, de marque officielle ou de signature qui pourrait permettre une évaluation de son authenticité. En supposant que ce document contienne effectivement le procès-verbal d’une réunion, il est noté qu’il ne contient pas les noms de l’auteur, des participants, de l’heure ou de la durée de ladite réunion. Pour cette raison, on ignore si M. Gbagbo était présent ou non à cette prétendue réunion. Il présente les portefeuilles et les noms du ministre responsable ainsi qu’une liste de ce qui semble être des tâches relevant de chaque portefeuille. On ne peut en déduire que les listes respectives sont composées de notes de tâches à discuter avec les ministres concernés. S’il ne contient pas de notes mais plutôt une liste de tâches, on ne sait pas s’il s’agit de tâches suggérées par les ministres eux-mêmes ou de tâches qui leur sont assignées. De plus, on ignore si les tâches énumérées résultent d’un accord entre les ministres ou de directives de M. Gbagbo. S’il s’agit bien de tâches qui leur sont assignées, le document n’indique pas qui les a assignées.

326. Abstraction faite des préoccupations concernant l’authenticité et le contenu de ce document, il semble au mieux que ce document énumère les fonctions gouvernementales courantes et la répartition des portefeuilles.

327. Le Procureur allègue que le contenu de ce document est notamment corroboré par la comparution du ministre Djédjé dans l’émission RTI du 3 décembre 2010, dans laquelle il est présenté comme « conseiller spécial de [M.] Gbagbo pour les » affaires diplomatiques « , faisant écho à la qualification » trouvé dans ce document. Bien que le nom de la « cellule » corresponde au nom du ministre désigné comme « responsable », cela ne corrobore pas suffisamment la proposition selon laquelle ce document contient le compte rendu d’une réunion chargeant les ministres de la mise en œuvre du Plan commun.

328. Dans la mesure où ceux qui assistaient à la supposée réunion envisageaient d’exercer des fonctions gouvernementales, cela pourrait bien être une preuve de l’intention du ministre Djédjé et du ministre Bertin Kadet d’intégrer M. Gbagbo au pouvoir. Si le gouvernement de M. Gbagbo avait peut-être dû continuer à exercer ses fonctions et que, par conséquent, il «restait au pouvoir», le Procureur n’a pas démontré que ces fonctions étaient censées englober la commission de crimes contre des civils.

329. Le Procureur allègue qu’une autre réunion a eu lieu le 3 décembre 2010 au cours de laquelle plusieurs membres de haut rang des FDS ont prêté serment d’allégeance à M. Gbagbo. Elle a également allégué que plusieurs autres membres du « cercle restreint » avaient rencontré M. Gbagbo ce jour-là. En ce qui concerne cette réunion, il a été demandé au général Kassaraté si, après l’annonce par le Conseil constitutionnel du 2 décembre 2011 de la proclamation de M. Gbagbo vainqueur des élections, les principaux commandants s’étaient réunis pour discuter de la décision, à laquelle il avait répondu par la négative. Il a ajouté qu’il s’était rendu à la résidence présidentielle à la suite de la décision, ce qui est « traditionnel » dans l’armée ivoirienne; il a accompagné le chef d’état-major, le commandant du CECOS, le DGPN et d’autres, pour leur rendre hommage et se mettre à sa disposition pour le service rendu. Le général Bi Poin a confirmé sa présence à cette réunion. Le journal de bord de la résidence montre les généraux Mangou, Guiai Bi Poin, Kasssaraté, Bredou M’Bia, Detoh Letho et d’autres arrivants aux mêmes heures et partant au même moment.

330. En outre, le général Bi Poin a déclaré que M. Gbagbo avait été félicité; les participants ont présenté leurs respects au chef de l’Etat et leur disponibilité renouvelée. Le général Kassaraté a témoigné que de telles réunions faisaient partie de la tradition de l’armée ivoirienne. L’inspecteur général Bredou M’Bia a confirmé devant le tribunal sa déclaration selon laquelle ils étaient tenus de prêter serment.

331. À cet égard, il est également noté que le document CIV-OTP-0018-0220, sous le nom du ministre Bertin Kadet, énumère les «chefs de gouvernement de la gendarmerie et de la police pour faire leur déclaration de soutien ‘,’ ‘a déclaré l’étatmajor et les différents commandants des forces à venir dès ce soir, a été salué le PR élu’, et ‘a vaincu ce que les forces ont fait passer au contrôle de la zone de confiance’. Il est en outre noté que, comme indiqué ci-dessus, les généraux des FDS ont prêté allégeance à M. Gbagbo ce jour-là. Le général Bi Poin a ajouté que c’était le général Mangou, qui avait été informé par Bertin Kadet, qui l’avait convoqué à cette réunion. Dans cette mesure limitée, le document semble avoir reflété les événements de cette journée. Toutefois, compte tenu de l’ensemble des préoccupations concernant ce document, de son contenu et des informations limitées disponibles concernant le contenu de la soi-disant réunion entre les ministres le 3 décembre 2010, on ne peut en conclure que cela constitue une preuve de la mise en œuvre. du prétendu Plan commun.

h) Réunion du 7 décembre 2010

332. Le Procureur a allégué qu’une première réunion du Conseil des ministres du nouveau gouvernement avait eu lieu le 7 décembre 2010. Le Procureur cite l’émission de RTI datée du 7 décembre 2010 montrant M. Blé Goudé avec Richard Dakouri; Le Procureur a allégué que plusieurs ministres nouvellement nommés, dont les ministres Dogou et Guiriéoulou, avaient fait «plusieurs déclarations» à la télévision nationale, mais aucune autre allégation n’a été avancée dans le dossier de mi-procès ni dans la réponse.

i) Réunion du 9 décembre 2010

333. Les généraux Kassaraté et Bi Poin se sont présentés à la résidence présidentielle pour une réunion qui aurait eu lieu le 9 décembre 2010. Le journal de bord de la résidence indique la présence des généraux Mangou, Guiai Bi Poin, Kassaraté, Detoh Letho et Vagba. à la résidence présidentielle ce jour-là; arrivant et partant en même temps et demandant à rendre visite à M. Gbagbo. Le même jour, le journal de la résidence indique que les ministres Djédjé, Hubert Oulaï, Bertin Kadet, Abou Drahamane Sangaré et Pascal Affi N’Guessan se trouvaient à la résidence présidentielle à différents moments. Cela montre également que le ministre Dogou a demandé à voir Simone Gbagbo. Le général Bi Poin a indiqué que, bien qu’il se soit souvent rendu à la résidence, il ne se souvenait plus de la date ni du but de cette visite. Le Procureur a évoqué le communiqué du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, qui soutenait M. Ouattara, a également été publié le 9 décembre pour aider le témoin à situer cette réunion. Cependant, le général Bi Poin a répondu que la visite n’était pas nécessairement liée à cela, mais pouvait avoir d’autres objectifs, en particulier du fait que le président n’avait jamais vraiment discuté de politique avec eux. Le général Kassaraté ne se rappelait pas s’être rendu à la résidence le 9 décembre 2010, mais il se rappelait que c’était une tradition pour tous les généraux de rendre visite aux chefs d’État nouvellement élus après l’annonce des résultats, afin de les féliciter et leur indiquer étaient disponibles; il n’a pas fourni d’informations complémentaires sur la réunion du 9 décembre 2010. Le général Kassaraté a affirmé ne pas avoir discuté des communiqués de la CEDEAO, de l’UA et de l’UE selon lesquels M. Ouattara avait remporté les élections, ni à cette réunion ni à aucune autre.

334. Hormis la conclusion qu’une réunion peut avoir eu lieu le 9 décembre 2010 entre les responsables des FDS et M. Gbagbo, les éléments de preuve n’indiquent pas son contenu ni son objectif. Ni les généraux Kassaraté ni Bi Poin ne se sont rappelés la date ou le but de cette réunion et ont témoigné de manière générale sur leur présence à la résidence présidentielle à cette heure-là. Compte tenu des observations générales concernant le journal de résidence, sur la seule base des visites enregistrées à d’autres fonctionnaires et ministres des FDS à la date susmentionnée, il n’est pas possible de conclure qu’une réunion a eu lieu entre eux.

j) Réunion du 10 décembre 2010

335. Le général Mangou a déclaré dans son témoignage que le 10 décembre 2011, il avait rencontré M. Gbagbo dans son bureau «en compagnie du défunt ministre Tagro». Au cours de la réunion, le général Mangou a été informé du projet de lancement d’une opération visant à désorganiser les «forces rebelles» dans l’est du pays, impliquant Koné Zakaria. Cependant, selon le général Mangou, les fonds fournis à Koné Zakaria pour combattre à l’est ont été déviés vers le Commando Invisible à Abobo.
k) Réunions des 14 et 16 décembre 2010 du conseil des ministres

336. Le Procureur allègue que, à la suite du premier Conseil du gouvernement du 14 décembre 2010, s’est tenue une deuxième séance de travail le 15 décembre 2010. Lors de cette séance de travail, les ministres auraient programmé leur prochaine réunion du Conseil des ministres avec M. Gbagbo. au Palais présidentiel le 16 décembre 2010. Il est noté que le Procureur a discuté de ces réunions dans le contexte des allégations relatives au contrôle des médias. Le Procureur n’indique pas quelle inférence elle demande à la Chambre de tirer de la prétendue occurrence et / ou du contenu de ces réunions au palais présidentiel. Aucune conclusion significative ne peut être tirée du simple fait que ces réunions ont eu lieu. Dans la mesure où le Procureur tente de les lier aux allégations concernant le contrôle des médias, celles-ci ont été examinées dans cette sous-section.

l) Réunions du 16 au 19 décembre 2010

337. Le Procureur a déclaré que M. Blé Goudé s’était rendu dans la résidence présidentielle le 16 décembre 2010 tard dans la nuit «après que le FDS et des jeunes eurent coordonné une attaque contre des civils pro-Ouattara». Elle demande en outre que les visites de M. Blé Goudé à la Résidence présidentielle du 16 au 19 décembre 2010 soient évaluées, de même que ses adresses aux jeunes patriotes du 14 au 19 décembre 201076.
338. Le journal de bord résidentiel indique que M. Blé Goudé s’est rendu à la résidence présidentielle le 16 décembre 2010 entre 20h24 et 01h04 le lendemain. Selon le journal de bord de la résidence, il s’agit de la première visite de M. Blé Goudé à la résidence présidentielle après le 6 décembre 2010. Compte tenu du journal de bord résidentiel, M. Blé Goudé n’a pas enregistré avoir visité la résidence présidentielle avant la soi-disant réunion avec les responsables de la jeunesse. 14 décembre, ni avant l’interdiction de la marche RTI. Selon le journal de bord résidentiel, il apparaît que M. Blé Goudé se rend dans la nuit du 16 décembre 2010 après le déroulement des événements de la journée. Les conclusions relatives au discours de M. Blé Goudé du 10 décembre 2010 et à sa prétendue rencontre avec les responsables de la jeunesse du 14 décembre 2010 sont importées par référence.

339. Compte tenu de l’ensemble des éléments de preuve, on ne peut conclure que la visite de M. Blé Goudé à la résidence présidentielle le 16 décembre est liée à sa rencontre avec les responsables de la jeunesse du 14 décembre 2010 ou à son adresse du 10 décembre 2010. Alors que sa visite du 16 décembre L’année 2010 est suffisamment proche pour en déduire que, lors de cette visite, les deux accusés se sont peut-être rencontrés pour discuter des événements de la journée, à savoir la marche de RTI. Toutefois, sans leur rencontre avant le 16 décembre 2010, on ne peut en déduire qu’ils se seraient réunis pour discuter de la prétendue «attaque» coordonnée des FDS et des jeunes victimes de civils pro-Ouattara dans le cadre de la marche RTI.

340. Conformément au journal de bord résidentiel, M. Blé Goudé s’est rendu de nouveau à la résidence présidentielle les 17 et 19 décembre 2010 jusqu’à tard dans la nuit. Le Procureur signale plusieurs documents affirmant qu’entre le 14 et le 19 décembre 2010, M. Blé Goudé s’était adressé aux jeunes patriotes «à plusieurs reprises et les avait appelés à se mobiliser». Le Procureur a également évoqué les déclarations faites par M. Blé Goudé le 21 décembre 2011 lors de son rassemblement à Koumassi.784

341. En supposant que les visites datées des 17 et 19 décembre soient en fait des réunions de M. Blé Goudé avec M. Gbagbo, compte tenu des conclusions tirées au sujet des discours de M. Blé Goudé à cette époque, ainsi que des crimes allégués à la suite de la manifestation RTI , on peut en déduire qu’ils ont peut-être discuté des événements de la manifestation RTI. Cependant, sans plus, on ne peut pas en déduire que les deux hommes se seraient rencontrés pour discuter d’une « attaque » coordonnée entre les FDS et les jeunes dans le contexte de la manifestation RTI ou autrement.

342. Il est rappelé que la visite de M. Blé Goudé à la Résidence présidentielle le 16 décembre 2010 n’est pas antérieure aux crimes présumés qui ont eu lieu dans le cadre de la manifestation RTI. Le Procureur ne prétend pas que «M. Blé Goudé lance un appel à la mobilisation des jeunes pro-Gbagbo, puis a une réunion de nuit avec M. Gbagbo, à la suite de laquelle le jeune homme a attaqué les partisans présumés de Ouattara dans les faits reprochés».

m) Réunions du 24 au 26 décembre 2010

343. Le général Mangou a également déclaré que les 24, 25 et 26 décembre 2010, il avait présenté à M. Gbagbo un rapport de situation sur la situation à Abobo, au palais présidentiel.

n) Réunion du 12 janvier 2011

344. Dans sa réponse, le Procureur allégua qu’une réunion avait eu lieu entre MM. Blé Goudé et Gbagbo, ainsi que les généraux Mangou, Kassaraté et Bio Poin, l’inspecteur général Bredou M’Bia, Premier ministre, et Alain Dogou. Le journal de bord résidentiel montre que les visiteurs indiqués par le Procureur se sont rendus à la résidence présidentielle ce jour-là. Cependant, les horaires des visites indiquent que ces personnes n’ont peut-être pas participé à la même réunion.

De plus, il est noté que le journal de bord résidentiel montre que le ministre Alain Dogou a demandé à rencontrer Simone Gbagbo et non M. Gbagbo et qu’il est parti à peu près au moment où les responsables des FDS ont commencé à arriver à la résidence présidentielle. Les généraux des FDS sont arrivés à peu près au même moment et sont partis au même moment. On voit arriver M. Blé Goudé plus d’une demi-heure après l’arrivée des généraux des FDS et ils sont tous partis (y compris M. Blé Goudé) en même temps qu’eux.

345. Le Procureur signale l’émission RTI du 13 janvier 2011, qui contient un reportage de journaliste sur la réunion susmentionnée entre généraux du FDS. Il indique que les généraux des FDS ont pris des mesures pour sécuriser le territoire et empêcher toute tentative visant à rendre incontrôlable la situation dans certaines communes d’Abidjan. Dans cette émission, le général Mangou est montré exprimant son mécontentement vis-à-vis de l’ONUCI et les accusant de ne pas être partial. Bien que le reportage du journaliste mentionne également que l’ONG Premier ministre Aké était également présente à cette réunion, le journal de bord résidentiel indique que le ministre est parti dans l’après-midi avant l’arrivée d’un des autres ministres ou des généraux des FDS.

346. Compte tenu du contexte dans lequel s’est déroulée la réunion susmentionnée, on peut en déduire que M. Gbagbo a rencontré les généraux des FDS pour discuter de la situation en matière de sécurité, y compris celle d’Abobo. M. Blé Goudé a peut-être assisté à cette réunion. Toutefois, en l’absence d’informations complémentaires, nous ne pouvons tirer aucune autre conclusion quant à la participation de M. Blé Goudé.

o) Réunions des 23 et 24 février 2011

347. Le Procureur allègue que M. Blé Goudé s’est rendu à la résidence présidentielle les 23 et 24 février 2011 avant son mot d’ordre daté du 25 février 2011. Elle allègue en outre que la visite du 24 février 2011 s’est chevauchée avec celle de Boniface Konan. CEMA ‘et que c’est dans la même nuit que M. Gbagbo avait ordonné aux généraux des FDS de «libérer des parties d’Abobo et de ne pas le céder».

348. Le journal de bord résidentiel indique que M. Blé Goudé s’est rendu à la résidence présidentielle les 23 et 24 février 2011. Le journal de bord résidentiel montre également le général Mangou et le colonel Konan Boniface en visite à la résidence présidentielle le 24 février 2011 et non le 23 février 2011. M. Blé Goudé est montré en partant le 24 février 2011 environ 20-25 minutes après l’arrivée du général Mangou et du colonel Konan Boniface. En raison du temps limité dont disposent les généraux des FDS pour se rendre à la résidence présidentielle en même temps que M. Blé Goudé, il semble que la visite de M. Blé Goudé n’ait pas eu grand chose à voir avec la visite de ces deux responsables des FDS.

349. Pour déterminer si la visite de M. Blé Goudé a peut-être été liée à celle des généraux des FDS, les conclusions tirées en ce qui concerne les activités des FDS à Abobo en février 2011 sont également importées par référence. Dans la mesure où M. Blé Goudé a pu interagir avec les généraux des FDS et M. Gbagbo, on peut en conclure qu’ils ont peut-être évoqué la situation en matière de sécurité à Abobo. Cependant, sans plus, on ne peut en déduire qu’ils se seraient réunis pour discuter de la commission de crimes contre des civils.

350. Il a également noté que cette série de soi-disant visites de M. Blé Goudé avait lieu avant son discours du 25 février 2011. Pour déterminer si ces visites pouvaient plaire à Yopougon I, les conclusions du discours de M. Blé Goudé prononcé le 24 et 25 février 2011 sont importés par référence. En les évaluant ensemble, il n’est pas invraisemblable que MM. Gbagbo et Blé Goudé se soient rencontrés pour discuter de la situation en matière de sécurité dans divers quartiers d’Abidjan, y compris à Yopougon.

Cependant, on ne sait pas s’ils ont discuté du discours de M. Blé Goude et / ou de la motivation du mot d’ordre à donner le lendemain, encore moins de la planification de la commission des crimes contre les civils.

p) Réunion du 3 mars 2011

351. Le procès-verbal du Conseil des ministres du 3 mars 2011 indiquait que M. Gbagbo avait recommandé à un porte-parole de transmettre la compassion de M. Gbagbo à tous ceux qui avaient été déplacés ou qui avaient perdu un être cher, en particulier les familles des membres du FDS; à déplorer les inconvénients causés par l’imposition de sanctions; féliciter la population pour sa patience, sa sérénité et son endurance; et pour affirmer que M. Gbagbo s’était engagé à rester debout dans l’exercice de ses fonctions et à continuer à défendre la souveraineté de l’Etat.

q) Réunion du 11 mars 2011

352. Le Procureur allègue que le 11 mars 2011, le général Mangou a conseillé à M. Gbagbo de se retirer. Le général Mangou a déclaré dans son témoignage qu’il avait rencontré M. Gbagbo l’après-midi du 11 mars 2011 au Petit Palais de la Résidence présidentielle. Au cours de cette réunion, M. Gbagbo a demandé au témoin son avis sur l’opportunité de démissionner. Le témoin a convenu que ce serait mieux. M. Gbagbo l’a ensuite invité à discuter de la question avec M. Blé Goudé et à présenter un point de vue commun à ce sujet. Le général Mangou a déclaré dans son témoignage que M. Blé Goudé et lui-même s’étaient rencontrés et avaient convenu que M. Gbagbo devrait se retirer. Le général Mangou en a informé M. Gbagbo dans la soirée du 11 mars 2011.

353. Le général Mangou a ajouté que le 14 mars 2011, sa résidence avait été attaquée. Selon le général Mangou, à 6h30, sa femme lui a dit qu’ils étaient attaqués; il a appelé ses gardes du corps qui ont confirmé qu’ils étaient attaqués. Le général Mangou a témoigné que ceux qui attaquaient portaient des bandes rouges; ils étaient dans un taxi et tiraient avec des Kalachnikovs et des RPG. Le général Mangou n’a pas été en mesure de nommer les individus qui ont attaqué son domicile, mais il a déclaré qu’il savait qu’ils venaient de son côté, du côté de M. Gbagbo. Le CECOS a appris l’attaque et a envoyé un véhicule; un soldat du CECOS a été tué. Le général Mangou a déclaré dans son témoignage que les tirs avaient cessé à 12h30 et que Konan Boniface Com-Theatre, qui avait entendu ce qui s’était passé, est venu le voir et le soutenir. Selon son témoignage, le général Mangou est allé voir M. Gbagbo le soir même et lui a dit que son domicile avait été attaqué; Le général Mangou a déclaré dans son témoignage que M. Gbagbo n’a offert aucune parole de compassion et a déclaré: « J’ai une idée de ce qui s’est passé ici », mais le général Mangou n’a pas eu le courage de demander à M. Gbagbo ce qu’il pensait être.

354. Le Procureur a invoqué l’attaque contre la maison du général Mangou pour démontrer qu’il s’agissait d’une attaque contre sa vie, qui aurait simplement «demandé à M. Gbagbo de se retirer». À cet égard, il est noté que le général Mangou a témoigné que l’amiral Vagba était venu le voir le lendemain de l’attaque et que le général Mangou avait déclaré à Vagba qu’il avait encouragé M. Gbagbo à démissionner. Vagba se mit à rire et dit: «Vous pensez qu’il va démissionner? C’est pour vérifier si vous êtes franc et loyal »; Le général Mangou s’est alors rendu compte qu’il s’agissait d’un test.88 Le général Mangou a témoigné que MM. Gbagbo et Blé Goudé voulaient savoir s’il était honnête et loyal et, lorsque M. Blé Goudé est venu lui rendre visite, « c’était en quelque sorte, pour me donner le baiser de la mort, assurez-vous que j’ai [conseillé] au président de démissionner ‘819. Le général Mangou a témoigné qu’après l’attaque, il n’avait reçu aucune autre menace 820.

355. Il convient de noter que, dans son témoignage au sujet de son échange avec M. Gbagbo du 11 mars 2011, le général Mangou a relaté une conversation précédente qu’il avait eue avec le ministre Dogou, ministre de la Défense nationale en février 2011; Selon le général Mangou, le ministre semble avoir été « très mal pris en raison du manque de munitions, du manque d’armes », ce à quoi le général Mangou avait conseillé au ministre de demander au président Gbagbo de démissionner.

356. Il ressort du témoignage du général Mangou et d’autres informations disponibles que, à tout le moins, à compter du 11 mars 2011, le général Mangou n’avait pas partagé l’intention qui sous-tendait le prétendu Plan commun pour que M. Gbagbo reste au pouvoir à tout prix. Ayant également examiné l’ensemble des éléments de preuve, il est noté que la conclusion selon laquelle le général Mangou aurait dû faire face à des représailles pour avoir demandé à M. Gbagbo de démissionner ne pouvait être liée à l’accusé ni aux autres membres du « cercle restreint » avec suffisamment de certitude. Le témoignage du général Mangou à cet égard est spéculatif. Dans ces circonstances, et compte tenu du fait que le général Mangou a conservé son poste de chef d’état-major des FDS pendant plus d’un mois après la prétendue tentative d’assassinat (il a fait défection), il est difficile de tirer des conclusions définitives concernant du prétendu Plan commun de cet incident.

r) Réunion du 14 mars 2011

357. Le Procureur a allégué que M. Gbagbo avait rencontré les généraux des FDS le 14 mars 2011 pour discuter des «problèmes de sécurité à Abobo» et que cette réunion avait été retransmise dans une émission RTI diffusée plus tard dans la journée. L’émission RTI indique qu’il pourrait y avoir eu une deuxième réunion entre M. Gbagbo et les généraux des FDS ce jour-là. Le Procureur a également rappelé la déclaration du journaliste dans l’émission RTI selon laquelle les généraux avaient réaffirmé leur allégeance à M. Gbagbo lors de cette réunion pour étouffer toute rumeur de défection. Le journal de la résidence enregistre la présence de plusieurs représentants et ministres des FDS à la résidence présidentielle ce jour-là; toutefois, en fonction de l’heure de leur arrivée et de leur départ de la résidence présidentielle, il n’est pas possible de déduire qui aurait pu assister aux réunions respectives avec M. Gbagbo.

358. L’inspecteur général Bredou M’Bia a été interrogé sur une réunion tenue en janvier 2011, après quoi il avait témoigné sur une réunion qui aurait eu lieu le 14 mars 2011. Bien que l’inspecteur général Bredou M’Bia ne se soit pas souvenu À la date de la réunion, il a rappelé que lors de cette réunion, « le souhait avait été exprimé que [M. Gbagbo] ne continue plus à rester en tant que chef de l’Etat afin d’éviter des difficultés ». L’inspecteur général Bredou M’Bia a déclaré que tous les hauts responsables des FDS avaient rencontré M. Gbagbo avec «M. Blé Goudé à l’époque, le ministre des Affaires étrangères, le ministre de l’Intérieur, le ministre de la Défense et les principaux commandants» .829 He ont ajouté qu’ils avaient fait une « proposition » à M. Gbagbo « si possible, de se retirer ». 830

359. L’inspecteur général Bredou M’Bia a déclaré dans son témoignage que «toutes les grandes figures de [la
Le FDS] s’était réuni au quartier général de l’état-major avant de se rendre à la résidence présidentielle pour cette réunion; Au cours de cette réunion, une « décision unanime a été prise » en ce qui concerne la demande de démission de M. Gbagbo831. L’Inspecteur général Bredou M’Bia a déclaré dans son témoignage que les médias en parlaient. Il est à noter que l’émission de RTI du 14 mars 2011 montre les journalistes déclarant qu’il y avait eu une réunion entre M. Gbagbo et les généraux du FDS au cours de laquelle ils lui ont réaffirmé leur loyauté.

360. Comme il a été noté, l’inspecteur général Bredou M’Bia n’a pas pu se rappeler si cette réunion avait eu lieu en janvier ou vers la fin de la crise. Toutefois, il aurait été à la résidence présidentielle le 14 mars 2011 et a rappelé que les ministres Dogou, Blé Goudé, Djédjé et Guiriéoulou avaient également été présents. Cependant, le journal de bord de la résidence suggère que le ministre Dogou n’était pas à la résidence présidentielle au même moment. Il est à noter que le général Bi Poin a témoigné qu’il était présent à cette réunion et qu’ils avaient discuté des problèmes de sécurité à Abobo. Cela a été confirmé par le général Kassaraté, qui, lorsqu’on lui a demandé quelle décision avait été prise lors de la réunion, a déclaré qu’il visait à garantir la sécurité des personnes et des biens pendant cette période difficile838. Le général Detoh Letho a déclaré avoir tenu de «nombreuses réunions» au cours de cette période. En ce qui concerne la réunion du 14 mars 2011, il a déclaré ce qui suit:

Après cette réunion, après avoir eu cette discussion, nous avons commencé à manquer assez de ressources, et c’est pourquoi nous sommes allés voir. Le chef d’état-major a dressé un bilan de la situation ainsi que des ressources et du matériel disponibles. Les véhicules étaient devenus assez vieux. Le nombre de troupes avait diminué parce que, comme je vous l’ai dit hier, nous commençions à voir beaucoup de défections. Ainsi, ce jour-là, le président de la République a déclaré que ces différentes questions seraient étudiées avec le chef d’état-major et que nous allions recevoir des ressources. Mais en réalité, nous n’avons reçu les ressources que le 11 avril 840.

361. En conclusion, lors des réunions du 14 mars 2011 avec M. Gbagbo, les généraux des FDS pourraient avoir discuté de leur avis à M. Gbagbo de démissionner ainsi que des problèmes de sécurité à Abobo.

s) Rencontre le 2 avril 2011

362. Le Procureur a allégué que le 2 avril 2011, P-0435 avait rencontré M. Gbagbo avec d’autres commandants du GPP, qui leur avait déclaré: «Ils avaient déjà gagné la guerre parce que son combat visait à montrer que la France soutenait la rébellion». P0435 a déclaré qu’il s’était rendu à la résidence présidentielle le 2 avril 2011, alors que les éléments de la SRC «devaient y aller». P-0435 a noté que les membres de la Garde républicaine, qui contrôlaient l’accès à la résidence présidentielle, ont félicité P-0435 en déclarant qu’ils « avaient beaucoup entendu parler du comportement et des réactions des éléments au niveau des SIR », en particulier en ce qui concerne «combattants qui ont essayé de traverser la commune d’Adjamé et d’atteindre Cocody». Lorsque P- est arrivé à l’intérieur, «il y avait beaucoup de gens», y compris le commandant du GPP, des mercenaires libériens et des étudiants de la FESCI.844 Michel Gbagbo, le fils de M. Gbagbo, est venu souhaiter la bienvenue à P- et à son groupe. 845 Peu de temps après, M. Gbagbo est arrivé et P- a témoigné que M. Gbagbo avait déclaré

il était vraiment très fier des jeunes Ivoiriens et disait que nous avions déjà gagné la guerre parce que son combat visait à montrer que la France, qui soutenait depuis longtemps les rebelles, et grâce à l’opposition, nous nous sommes opposés les Forces Nouvelles et cela leva le voile au large de la France. Et ce fut son combat de montrer que depuis la déstabilisation de 2002, tout cela avait été orchestré par la France846.

363. Il est noté que P-0435 ne savait pas à l’époque que son groupe et lui rencontreraient M. Gbagbo. P-0435 a également déclaré que M. Gbagbo venait de les féliciter brièvement et qu’il ne leur avait donné aucune instruction spécifique. P-0435 a ajouté que, selon M. Gbagbo, la guerre était déjà gagnée puisque son combat visait à montrer que la France était réellement le sponsor des rebelles et c’est pourquoi nous avions opposé une résistance aux côtés du FDS. la France a donc dû révéler ses projets ». Il est à noter que M. Gbagbo s’est adressé à un groupe nombreux et varié de personnes, notamment des éléments du PPM, des Libériens et des étudiants de la FESCI. Il est également intéressant de noter que, selon P-0435, M. Gbagbo « a parlé et nous a encouragés en tant que jeunes Ivoiriens qui avaient réellement décidé de défendre les institutions de leur pays. » Compte tenu du contexte de cette rencontre, il est difficile de déduire beaucoup de celui-ci en ce qui concerne le rôle présumé du GPP dans l’exécution du plan commun. À cet égard, il convient de noter que P-0435 a témoigné que des éléments du PPM participaient à un cordon de sécurité placé autour du périmètre de la résidence présidentielle depuis février.
2011.

t) Réunion du 3 avril 2011

364. Le Procureur allègue qu’une réunion a eu lieu le 3 avril 2011 entre M. Gbagbo et les généraux Mangou, Dogbo Blé et Konan Boniface, au cours de laquelle M. Gbagbo aurait demandé aux généraux de reprendre les combats. Le journal de bord de la résidence indique les généraux Mangou, Kassaraté, Dogbo Blé, Vagba et Konan Boniface qui se sont rendus à la résidence présidentielle pour rendre visite à M. Gbagbo le soir du 3 avril 2011. Le général Kassaraté ne se souvenait pas d’une visite le 3 avril; cependant, il se souvenait de sa dernière visite à la Résidence avant l’arrestation de Gbagbo, en avril, mais probablement après la prétendue réunion. Le général Kassaraté a confirmé avoir vu des soldats sur place mais ne pouvait pas dire s’il existait également des membres de la milice ou des mercenaires, car tout le monde était en «fatigues». Le général Kassaraté avait remarqué que de nombreux généraux n’étaient plus à leur poste et avait décidé de voir M. Gbagbo pour lui suggérer de lui céder le pouvoir. Le général Mangou a témoigné en tentant de convaincre M. Gbagbo de démissionner et en échouant. Il a également déclaré dans son témoignage que M. Gbagbo avait déclaré lors de la réunion qu’il leur fallait plutôt reprendre les combats; Le général Mangou a fait une déclaration à la presse relatant ces faits, mais a par la suite demandé à ne pas le divulguer à la RTI. Néanmoins, un reportage vidéo de cette réunion a été diffusé sur la RTI.

3. Réunions régulières

365. Outre les réunions spécifiques susmentionnées, le Procureur a évoqué plusieurs autres réunions à l’appui de l’allégation selon laquelle M. Gbagbo aurait tenu des réunions régulières avec les principaux commandants des FDS. Cela sert également de preuve du contrôle exercé sur les FDS tout au long de la crise postélectorale, ainsi que de la loyauté des membres de son gouvernement et de ses dirigeants. Il est à noter que le Procureur n’a pas formulé d’allégations au sujet de ses entretiens, mais que ces réunions étaient fréquentes et ont démontré une loyauté à l’égard de M. Gbagbo.

366. Compte tenu des préoccupations générales susmentionnées quant à la force probante du registre de la résidence, il convient de regarder les témoignages des membres présumés du «cercle restreint» lors de leurs visites au palais présidentiel et à la résidence.

367. Le général Kassaraté a témoigné de manière générale sur les visites qu’il avait effectuées à la résidence présidentielle après avoir été convoquées par M. Gbagbo ainsi que par d’autres responsables, notamment le chef de son cabinet, M. Kuyo Téa Narcisse. Il a ajouté que l’on pouvait également se rendre à la résidence pour «consulter le médecin pour des problèmes de santé» ou pour «saluer des amis» qui y travaillaient. Il a déclaré que «[tous] les [postes] de garde, il y avait toujours un journal de bord». Le général Kassaraté a déclaré dans son témoignage que le chef d’état-major avait dirigé toutes les réunions auxquelles il avait assisté à la résidence, y compris lorsque tous les généraux rendaient compte à M. Gbagbo de la situation en matière de sécurité.
Il confirme que des « réunions de contact quotidiennes » ont lieu avec M. Gbagbo.

369. Le général Bi Poin, quant à lui, a indiqué qu’il s’était rendu à de nombreuses reprises à la résidence, mais il ne se souvenait pas toujours de la date ni du sujet.

370. L’Inspecteur général Bredou M’Bia a déclaré dans son témoignage que les réunions dépendaient de ce que le Président voulait leur dire ou s’il était convoqué pour un événement particulier; il a convenu que, pour lui, une visite au président était exceptionnelle car il n’y allait pas souvent.

371. Le général Detoh Letho a témoigné que M. Gbagbo et les principaux commandants des FDS, y compris lui-même, se sont réunis à la Résidence les 1er, 2 et 4 ou 5 décembre, réunion au cours de laquelle le chef d’état-major [général Mangou] a rendu compte de la situation sur le terrain; chaque fois qu’il y avait un événement, le chef d’état-major se présentait sous l’autorité du président et les commandants étaient invités à ces réunions; Selon le général Detoh Letho, toutes les réunions à la résidence présidentielle étaient essentiellement des rapports du chef d’état-major.

372. En résumé, bien que les éléments de preuve au dossier n’offrent pas une vue d’ensemble exhaustive et fiable de toutes les réunions qui ont eu lieu entre M. Gbagbo et les hauts responsables des FDS, il n’y a aucune raison de douter que de telles réunions aient eu lieu fréquemment.

373. Rappelant que les visites consignées dans le registre résidentiel ne signifient pas nécessairement que des réunions ont eu lieu et compte tenu des conclusions du conseil des ministres, on ne peut en conclure que M. Gbagbo était une réunion de ministres présumés ‘cercle intérieur’. À cet égard, il est noté que le nombre allégué de visites des ministres de M. Gbagbo qui seraient membres du « cercle restreint » est plus élevé que celui allégué pour les visites de hauts responsables des FDS. Cependant, alors que le journal de résidence indique que les ministres ont visité la résidence présidentielle pendant la crise postélectorale, les preuves montrant que ces visites ont débouché sur de véritables réunions sont rares. En outre, il existe peu ou pas de preuves directes concernant le contenu supposé de ces réunions, si elles ont effectivement eu lieu. En outre, du seul fait de leurs visites à la résidence présidentielle, aucune conclusion générale ne peut être tirée quant à leur proximité respective avec M. Gbagbo ou Simone Gabgbo.

374. Enfin, le Procureur allègue que M. Blé Goudé a eu accès à la résidence présidentielle et a rencontré M. Gbagbo à plusieurs reprises pendant la crise postélectorale. Le Procureur allègue en outre que M. Blé Goudé a rendu visite à M. Gbagbo « au moins 22 fois » pendant la crise post-électorale, ce qui était un indicateur de leur proximité. Le Procureur allègue également que les visites ont culminé à certains moments de la crise postélectorale. Un nombre important de ces réunions sont basées uniquement sur les visites consignées dans le journal de la résidence; pour les raisons exposées en détail ci-dessus, leur occurrence est une inférence à tirer des visites qui y figurent. Sur la base de ces réunions, on peut conclure que M. Blé Goudé a eu accès à M. Gbagbo et pourrait le rencontrer à la résidence présidentielle. Toutefois, après avoir évalué le nombre de réunions présumées qui auraient eu lieu entre M. Gbagbo et M. Blé Goudé pendant la crise post-électorale et les avoir comparées à d’autres membres du prétendu « cercle restreint », il n’est pas possible de conclure que nombre de ces visites est si élevé qu’il témoigne d’une proximité entre elles.

Conclusion

375. L’ensemble des éléments de preuve relatifs aux réunions entre les membres du prétendu «cercle restreint» et l’accusé évoqués ci-dessus montre qu’il y avait des contacts relativement fréquents entre différents membres du gouvernement de M. Gbagbo ainsi que de hauts responsables des FDS. Cela montre bien qu’il y avait des communications fréquentes et un certain niveau de coordination. Cependant, il n’y a rien d’inattendu à ce sujet. Aucun gouvernement ne peut fonctionner sans un minimum de communication et de coordination. En effet, étant donné l’état de crise à l’époque en Côte d’Ivoire, il aurait été surprenant que M. Gbagbo n’ait pas fréquemment rencontré les plus hauts responsables chargés de contrôler la situation.

376. La vraie question est de savoir si les éléments de preuve permettent de prouver que les individus impliqués coordonnaient le recours à la violence à l’encontre de la population civile. Considérant que ces réunions se déroulaient dans le contexte d’une crise dans le pays, qui pouvait à tout moment dégénérer en un conflit armé généralisé – comme cela a finalement été le cas -, il existait de nombreuses raisons légitimes pour lesquelles les individus auraient pu se rencontrer et discuter. Les quelques informations dont on dispose sur les discussions ont permis de conclure que les attaques contre des civils ont toujours été un sujet de discussion. À la lumière de cela, le fait qu’ils se soient rencontrés assez souvent n’a aucune incidence sur cette conclusion.

377. À cet égard, il convient de noter que le fait que les hauts responsables des FDS aient juré allégeance à M. Gbagbo n’est pas suffisant pour prouver qu’il y avait un accord sur la manière dont la situation devrait être gérée. Au contraire, il ressort clairement de l’ensemble des éléments de preuve disponibles qu’il existait de nombreux points de vue différents et que certains officiers supérieurs estimaient qu’il serait préférable que M. Gbagbo se retire. En particulier, il semble que le ministre de la Défense ait estimé que M. Gbagbo devrait renoncer au pouvoir dès février 2011, que le général Mangou lui aurait conseillé de le faire le 11 mars 2011 et que trois jours plus tard, tous les officiers supérieurs du FDS avaient convenu que c’était le plan d’action préféré.

378. Dans sa réponse, le Procureur réitère les allégations susmentionnées concernant les réunions entre l’accusé et demande que des conclusions soient tirées de la fréquence des réunions alléguées et de « la séquence des événements, en ce qui concerne le sujet de la discussion lors de ces réunions ». . Le Procureur suggère que des déductions sur le sujet de la discussion puissent être tirées de réunions spécifiques qui auraient eu lieu les 16 et 19 décembre 2010, les 12 janvier et 23-24 février 2011. Le Procureur demande que ces entretiens démontrent que M. Blé La participation de Goudé à des réunions ayant contribué à la prétendue politique. Le Procureur a fait valoir que, même si le contenu des entretiens entre MM. Gbagbo et Blé Goudé n’est «pas toujours consigné au compte rendu», «une conclusion raisonnable peut être tirée de ces réunions nocturnes avant et après des incidents clés». . Selon elle, on peut raisonnablement en déduire que les deux accusés ont « discuté et coordonné leur objectif commun de maintenir M. Gbagbo au pouvoir – même si cela incluait la violence contre de prétendus partisans de Ouattara ». Il convient de noter que les rencontres avec M. Gbagbo et les autres membres du « cercle restreint » sont également évoquées dans le cadre de la contribution de M. Blé Goudé au prétendu Plan commun.