Interview de Hubert Oulaye

PRÉTENDUE CRISE AU FPI.

LE PRESIDENT DU COMITÉ DE CONTROLE, LE PROFESSEUR HUBERT OULAYE APPORTE APPORTE DES ECLAIRAGES:

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À quand la réunification du FPI, surtout avec la main tendue de Pascal Affi N’guessan qui dit que Simone Gbagbo est une probable candidate pour la présidentielle 2020 ?
Il tend la main ? Je ne sais pas qu’il tend la main. Le FPI n’a plus de relation avec Affi N’guessan, qui a été exclu du parti depuis le congrès de Mama, en 2015, pour violation de nos textes. Il n’est donc plus membre du parti. Il est encore tenu pour président parce que le pouvoir Ouattara le considère comme tel, tout comme il considère Séka Séka président du PIT (Parti ivoirien des travailleurs), comme il considérait Moutayé au départ, puis quelqu’un d’autre aujourd’hui, comme président du MFA (Mouvement des forces d’avenir)… C’est bon de le savoir. La légalité est donnée artificiellement par le pouvoir à Affi. Il s’en prévaut. C’est normal. Cela l’arrange et le pouvoir veut que les choses soient ainsi. Il devient ainsi un obstacle juridique au vrai FPI. Voilà la situation.

Récemment, nous avons appris qu’il devait effectuer une mission auprès du président Gbagbo qui a mal tourné à Paris. Je ne sais pas trop pourquoi il est revenu avec des injures à la bouche, des insanités en direction du FPI du président Gbagbo. Puisqu’on dit qu’il s’est excusé, ce qu’on lui demande, c’est de reconnaître que le président du FPI, ce n’est pas lui mais le président Gbagbo. Est-ce qu’il l’a dit ? S’il ne l’a pas dit, les excuses, c’est pour les insanités qu’il a lancées mais ce n’est pas cela qui nous intéresse. Il constitue une entrave aux mains du pouvoir pour empêcher le FPI d’avancer. C’est tout. C’est ce que j’attends d’Affi, et il n’a pas besoin d’aller à La Haye pour cela. Il peut rester à Abidjan et dire qu’il reconnaît le Président Gbagbo en qualité de président du FPI depuis le congrès de Mama ou Moossou. Qu’il lui remet son parti, c’est tout.

Un FPI réunifié ne serait-il pas plus fort pour reconquérir le pouvoir ?
Nous ne sommes pas en palabre avec Affi N’guessan. On l’a exclu. C’est différent. S’il pense qu’il est un membre du parti et que celui-ci peut lui apporter quelque chose, il peut faire amende honorable et revenir. Ce n’est pas la première fois. Don Mello l’avait fait et est revenu tout doucement. Le président Gbagbo l’a accepté. Affi était sur le chemin de Bruxelles avec Agnès Monnet. Il a reculé, Agnès a continué et elle est de retour au FPI. Nous l’attendons. S’ il veut revenir, on met une procédure en place, à condition qu’il reconnaisse le président Gbagbo comme président du parti. Assoa Adou est prêt à prendre acte de cela, et c’est terminé.

Qu’en est-il du cas Simone Gbagbo, deuxième vice-présidente, qui semble recluse au FPI ?
Il n’en est rien. C’est le congrès de Mama, puis celui de Moossou, qui ont désigné Laurent Gbagbo président du FPI, alors prisonnier à La Haye et Monsieur Assoa Adou, secrétariat général, avec qui il travaille. Sous l’égide du congrès de Mama, il a confié le parti à un intérimaire. Après le congrès de Moossou, où il a été réélu, il a dit qu’il allait suivre le fonctionnement du parti. N’eut-été Bensouda, il serait là en train de diriger son parti. Pour l’heure, on est obligé d’attendre un peu. Il n’est plus en prison mais à Bruxelles d’où il suit le parti. Chacun est à son poste et travaille. Les vice-présidents, dont Simone est la deuxième, sont des collaborateurs directs du président. Certainement, elle doit être en rapport avec lui en cas de besoin, comme les autres vice-présidents. Il n’y a aucun problème à ce niveau. Le secrétaire général est celui qui gère au quotidien. Au quotidien, celui qui gère le PDCI, c’est Guikahué, c’est la même chose. Il n’y a donc pas de problème autour de cela.

Simone Gbagbo ferait-elle une bonne candidate pour le FPI en 2020 ?
Je suis le président du comité de contrôle, le gardien politique et juridique du parti en charge de la bonne marche de nos textes, du respect des décisions du congrès. Je ne peux pas dire quelque chose à ce sujet. La convention, ou le congrès, dira qui sera candidat. Pour l’heure, c’est le président Gbagbo notre candidat.

Interview réalisée par Cyrille NAHIN et Franck Anderson Kouassi

Gilles Christ Djedje

[Interview exclusive] – Hubert Oulaye : « Ceux qui sont au pouvoir depuis 10 ans refusent la réconciliation »

africadaily.info

Nov 18, 2019 10:59 AM

Hubert Oulaye, président du comité de contrôle du Front populaire ivoirien, s’est prononcé sur la situation socio-politique du pays. De la réconciliation à la présidentielle, en passant par la vie de son parti et ses rapports avec le pouvoir et l’opposition, sans oublier les cas Soro Guillaume, Blé Goudé et Laurent Gbagbo, l’ex-ministre a fait le grand déballage. Ci-dessous, la première partie de cette interview (en trois volets) accordée à Tembo.

L’ex-ministre veut un débat franc autour de la réconciliation.

Plusieurs observateurs de la vie politique ivoirienne dénoncent une résurgence des indices de la crise postélectorale de 2010. Ils citent comme facteurs de risques une escalade verbale entre les différents acteurs, une Commission électorale indépendante (CEI) non consensuelle, les condamnations des leaders de l’opposition ou encore l’éventualité d’une candidature du président Ouattara à un troisième mandat. Que faut-il faire, selon vous, pour éviter à la Côte d’Ivoire une nouvelle crise ?

Les contextes sont tout à fait différents. Avant l’élection présidentielle de 2010, il n’y avait aucun débat sur la Commission électorale indépendante (CEI). Il y a eu des discussions, des ajustements, mais il n’y avait plus de débat. Quelque temps avant les élections, la CEI avait été mise en cause à travers son président, Beugré Mambé, qui avait été démis. Même si cela n’était pas ce que nous voulions, un autre président l’a remplacé et la parenthèse avait été fermée. Cela n’est pas le cas aujourd’hui où personne, en dehors du pouvoir, n’est d’accord sur cette CEI. Dans le contexte pré-élection de sortie de crise (2005-2010), il n’y avait pas de prisonniers politiques, pas d’exilés etc.

Et en 2000 alors ?

En 2000, ceux qui étaient en exil, et particulièrement les leaders politiques (Bédié et Ouattara) qui faisaient l’objet de poursuites au plan international, avaient été rappelés à l’occasion du Forum de la réconciliation nationale. On avait laissé tomber ce qui s’était passé auparavant. Il n’y avait aucun procès en cours contre des personnalités de l’opposition.

Le contexte, aujourd’hui, est absolument différent. Les signaux actuels donnent à voir que nous allons droit dans le mur. Les séquelles de la crise de 2011 n’ont pas été encore effacées et il y a encore des prisonniers politiques, des exilés. Il y a aussi une division non matérialisée entre les ivoiriens, fondée sur l’existence de pro-Gbagbo qui seraient des pestiférés contre lesquels on continue de s’acharner et des pro-Ouattara, des bénis de Dieu, qui ont droit à tout. Alors qu’une bonne partie des Ivoiriens sont dans la joie de voir qu’après des années de procès, le président Laurent Gbagbo et le ministre Charles Blé Goudé, jugés par une justice pénale internationale, je dirais impartiale, insoupçonnable de parti-pris, ont été déclarés innocents, on se rend compte qu’une autre partie des Ivoiriens est mécontente…

Mais il y a également les procès en Côte d’Ivoire…

Effectivement. Plus grave, alors que tout le monde s’apprête à recevoir ces deux personnalités, innocentées publiquement, internationalement, on assiste à des procès on ne sait sortis d’où. Le président Gbagbo accusé de de crimes de réquisition de la BCEAO et Blé Goudé, accusé de crime de guerre requalifiés par la suite en violences…Bref ! Une atmosphère qui laisse présager évidemment des jours noirs pour la Côte d’Ivoire. Nous sommes dans un bateau qui peut chavirer à tout moment. Il est temps qu’on se réveille. La Côte d’Ivoire ne mérite pas cela. Ce pays a toutes les potentialités pour permettre à ses enfants de vivre, sans aller traverser la méditerranée. Il faut qu’on en prenne conscience. Il faut que les Ivoiriens se retrouvent autour d’une Côte d’Ivoire malade. Personne n’est exclu pour la sauver. Quand nous parlons de réconciliation, cela concerne également le pouvoir Ouattara. C’est dans leur intérêt. Faisons en sorte que ce qu’il s’est passé ne nous arrive pas une deuxième fois.

Quelles sont donc les solutions ?

Les solutions sont simples. Il y a une seule expression qui les regroupe. C’est la réconciliation, c’est-à-dire, le fait que les Ivoiriens soient d’accord sur le fait qu’il faille tirer un trait sur le passé et rechercher un avenir de paix. C’est cela la solution.

Que fait le président Gbagbo alors pour la réconciliation?

Après tout cela pourtant, de la où il était, c’est-à-dire à La Haye, il a demandé à son parti de se mettre en mission pour prôner la réconciliation. Quand il a été acquitté, il a accentué ce mouvement. C’est lui qui devait dire pas question. Mais il a dit de regarder à la Côte d’Ivoire, à nos enfants qui ont besoin de vivre dans la paix, cette jeunesse prometteuse, faisons en sorte que les erreurs du passé ne perdurent pas et que notre pays retrouve la sérénité, car nous avons en Côte d’Ivoire les moyens de nous développer.

Malheureusement, ceux qui sont au pouvoir depuis dix ans bientôt refusent la réconciliation. On a été tous surpris, il y a quelques semaines, lorsqu’un courrier est parti de la présidence de République de Côte d’Ivoire, d’abord pour dire son soutien à l’appel de Bensouda (procureur de la CPI, Ndlr), et ensuite demander que Laurent Gbagbo et Blé Goudé ne reviennent pas en Côte d’Ivoire. Je vous dirais tout simplement que c’est frustrant et décourageant. La seule solution, c’est la réconciliation.

Hubert Oulaye appelle le pouvoir à arrêter les poursuites contre les opposants.

Quelle a été la réaction du régime d’Abidjan suite à votre volonté de discussion ?

Cette discussion n’a jamais eu lieu. Mais ce qu’il faut retenir, c’est la volonté du FPI et de son chef de tendre la main au pouvoir, de leur demander de s’asseoir et de discuter, de parler des problèmes du pays dans un esprit de réconciliation. Bien sûr, les choses devraient être présentées autrement. Mais vous me le demandez, et je vous réponds qu’ils ne veulent pas.

Pourquoi ne veulent-ils pas la réconciliation? La réconciliation, il faut savoir ce qu’on y met. La réconciliation, c’est d’abord la recherche de la vérité pour aboutir au pardon. Qu’est-ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire ? Pourquoi il y a eu la crise ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Quels sont les actes graves qui ont été commis ? Pourquoi et par qui ont-ils été commis ? On ne peut pas se réconcilier en cachant la vérité. Il faut qu’on la dise pour que les mêmes causes n’entraînent pas les mêmes effets. Qui a peur de la vérité en Côte d’Ivoire ? Il ne faut pas avoir peur, parce que si on s’asseoit autour d’une table, cela veut dire qu’on est d’accord pour absoudre quelque chose. La victime, si ce qu’on lui a fait est exposé, à moitié déjà, elle peut pardonner.

Quelles sont vos propositions et vos attentes ?

D’abord, la vérité qui doit précéder le pardon. Deuxièmement, c’est la disparition de ce que nous appelons les séquelles de la crise, c’est-à-dire les prisonniers politiques, les exilés, la réparation des préjudices. Aujourd’hui, on dit qu’il y a eu la CONARIV (Commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes, Ndlr ) qui dédommage les victimes. Qui sont ces victimes-là ? Nous, on ne les connaît pas. Qui les a recensées ? Lorsque l’on regarde, on ne voit pas de victimes du FPI. Qui est l’auteur des massacres qui ont eu lieu à Duékoué ? Je ne prends que ces exemples. La réconciliation, c’est tout cela.

Si vous ne faites pas cela, comment les victimes peuvent-elles pardonner ? Visiblement, le pouvoir refuse la réconciliation et dit que la Côte d’Ivoire est déjà réconciliée. Est-ce qu’il y a eu la vérité ? Est-ce qu’il n’y a plus de prisonniers ? Les exilés, il y en a toujours. Est-ce que les réparations ont été faites ? Non. La réconciliation, c’est aussi de mettre les protagonistes face-à-face. Il faut connaître les raisons pour lesquelles ils se sont affrontés. Cela doit être mis sur la table pour en parler pour ne pas qu’ils refassent des palabres. Mais on ne s’est pas assis pour parler des élections, de ce qui a été brandi selon lesquels les étrangers sont maltraités en Côte d’Ivoire, le Nord est marginalisé…On va mettre tout cela sur la table. On en parle devant toute la Côte d’Ivoire, et lorsque cela est réglé, on va définitivement à la paix.

Pour cela, on a besoin des deux parties en présence, le FPI et son président d’un côté, contre Ouattara, Soro et Bédié de l’autre. Lui (Bédié) est sorti de là. Cela me permettra de revenir sur le sujet. Voilà ce qu’est la réconciliation, et vous voyez que la Côte d’Ivoire en a besoin. Ils n’en veulent pas parce qu’il y a la vérité à dire.

Il y a aussi la question des prisonniers militaires ?

Chaque jour, Ouattara libère des prisonniers. Il garde les prisonniers militaires parce qu’il a peur d’eux. Sinon, beaucoup de prisonniers civils sont sortis, mais ce n’est pas là le problème. Les problèmes de fond, qui font qu’il y a eu la guerre, ce sont les élections, la CEI. Si on ne s’est pas mis d’accord, on va vers des élections avec une CEI qui n’est pas acceptée, dont les résultats aussi ne seront pas acceptés.

Interview réalisée par Franck Kouassi et Cyrille NAHIN

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