La politique étrangère de l’oisillon qui se prend pour un aigle

Le président français a rencontré la délégation du Haut Comité des négociations qui réunit l’opposition syrienne.

Selon un communiqué, rendu public par l’Élysée, Emmanuel Macron a reçu, ce mardi 30 mai à Paris, Riad Hijab, coordonnateur du Haut Comité de l’opposition, soutenu par l’Arabie saoudite. Lors de cette rencontre, le président français « a rappelé son engagement personnel sur le dossier syrien et son soutien à l’opposition syrienne en vue d’une transition politique en Syrie ».

Emmanuel Macron s’est entretenu hier, lundi 29 mai, avec son homologue russe Vladimir Poutine, grand allié de Bachar al-Assad.

Macron a déjà commencé à réviser la politique de France vis-à-vis de la crise en Syrie.

En effet, lors de sa rencontre avec le président russe Vladimir Poutine, lundi à Paris, Emmanuel Macron a indiqué que l’usage de l’arme chimique « par qui que ce soit » en Syrie serait la « ligne rouge » de Paris.
En ce qui concerne le changement de la politique française en Syrie, à quoi doit-on donc s’attendre ?

Bruno Guigue, analyste politique

________________________

 
Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, le 29 mai 2017.
La rencontre du nouveau président français avec Vladimir Poutine n’est que marketing et ne révèle pas une inflexion de la France vers une souveraineté assumée, juge le spécialiste des questions de défense Philippe Migault.

La poignée de main, cordiale, entre les deux hommes. Le cadre, unique, grandiose, de Versailles. Un Président de la République Français jeune, d’une certaine allure, la cravate droite, le verbe assuré, la parole claire. Des propos à la fois fermes et courtois…Emmanuel Macron peut remercier ses Spin Doctors. Avec leur concours, il a su monter un numéro de charme irrésistible, faisant appel à tous les ressorts de notre inconscient collectif, propre à séduire les moins macronistes des Français. Depuis les débuts du premier mandat de Jacques Chirac, il y a plus de vingt ans, c’était la première fois hier que nous avons semblé avoir affaire à un homme incarnant parfaitement la plus haute fonction de notre pays. Un homme qui ne ressemble pas à un fils de pub’ survitaminé présidant la France comme on fait de la comm’ dans l’évènementiel. Un homme défendant d’autant plus efficacement sa vision des intérêts de la France face à un des ténors de la scène internationale, qu’il l’a fait sans affecter la suffisance de son prédécesseur, incarnation du notable de province pontifiant et donneur de leçons.

Oui, bravo Macron.
Celui qui reproche à Marine Le Pen de vendre aux Français de la poudre de perlimpinpin, leur a jeté de la poudre aux yeux! Sauf que.
Sauf qu’une fois dissipée la première impression il faut bien redescendre sur terre.
Qu’a fait hier Emmanuel Macron ? Rien. Celui qui reproche à Marine Le Pen de vendre aux Français de la poudre de perlimpinpin, leur a jeté de la poudre aux yeux.
Sa performance est indéniable. Elle n’est que marketing. Elle n’est pas révélatrice, hélas, d’une inflexion de la France vers une souveraineté assumée, quelquefois ombrageuse mais emprunte de grandeur. Notre chère grandeur…

Rappelons-nous du contexte.
Emmanuel Macron, jeune loup brillant mais sorti de nulle part, vient d’accéder à la Présidence de la République grâce à un concours de circonstances extraordinaire, qu’il a su merveilleusement exploiter. Chapeau pour la manœuvre. Mais il ne suffit pas de savoir habilement chausser les bottes du Général de Gaulle pour posséder son charisme, son expérience, en un mot sa légitimité. A fortiori quand on a été élu par seulement 40% du corps électoral.
Emmanuel Macron est le premier Président de l’histoire de la Cinquième République qui parvient aux affaires sans bénéficier du moindre état de grâce. Il doit transformer un essai inscrit par miracle en obtenant dans deux semaines aux législatives la majorité qui lui permettra de gouverner.

Ce n’est pas à un chef d’Etat que nous avons eu affaire hier. C’est au candidat Macron qui n’a pas encore fini sa campagne. Et qui sait qu’il doit, pour l’emporter, ratisser large, séduire coûte que coûte. Pour cela, faute de programme clair –ou dicible- il doit sembler tenir les promesses qu’il a faites.
Il a promis de rompre avec cette présidence «normale», qui a ôté aux Français tout respect pour la fonction et d’incarner un chef de l’Etat «jupitérien». Il a tenu parole hier.
Il a assuré qu’il était l’homme qui saurait tenir tête aux Trump, Erdogan et Poutine. Il était dans cette posture hier, comme il l’était lors de sa poignée de main virile avec Donald Trump, qui a fait se pâmer comme des jeunes filles tous les médias français. «Fort comme un lion, doux comme un mouton» : Macron sait jouer à la fois du machisme de ses électeurs et du Bovarysme de ses électrices. Mais après ?

On espère se tromper mais rien de ce qui a été dit hier n’annonce quelque mutation que ce soit de notre diplomatie.
Macron a plaidé la cause des homosexuels tchétchènes qui seraient victimes de maltraitance ? Formidable. Il flatte l’électorat gay et la bienpensance de gauche. Rien de plus. C’est la non-évocation de cette affaire qui eût été surprenante.
Il a proposé une relance du processus de sortie de crise dans le cadre du dossier ukrainien via une réunion du groupe de Minsk au format Normandie ? Cela n’engage à rien.
Il sait pertinemment que rien ne peut sortir d’un tel sommet dans la mesure où le Président Porochenko n’a pas la latitude d’action nécessaire pour imposer les réformes constitutionnelles prévues dans le cadre de la feuille de route et qu’il ne fera rien tant que les Etats-Unis ne feront pas pression sur lui.
Il a promis une coopération franco-russe en matière de lutte anti-terroriste ? Parfait.
Son prédécesseur l’avait déjà fait suite aux attentats de novembre 2015. Le général de Villiers s’était rendu à Moscou pour rencontrer son homologue, le général Guerassimov. Ceux-ci avaient jeté les bases d’une collaboration militaire contre l’Etat Islamiste. Le Kremlin avait demandé à ses navires opérant en Méditerranée de manœuvrer de concert avec le Charles de Gaulle. Cette fois on allait voir ce qu’on allait voir.
Sauf qu’il n’en est rien sorti. Lorsque les Russes ont voulu approfondir avec le cabinet de Jean-Yves Le Drian la discussion qui s’esquissait, ils ont eu droit au silence radio. Or rien ne dit qu’Emmanuel Macron est prêt à s’engager dans une coalition dont François Hollande n’a pas voulu.

Les rodomontades vis-à-vis de Bashar el-Assad, que l’on menace d’une frappe française en cas d’un nouvel usage de l’arme chimique sur le sol syrien, doivent être analysées à cette aulne.
Hollande était prêt à envoyer nos Rafale. Il avait même confié les détails classifiés de l’opération à deux de nos confrères du Monde… Il a dû piteusement faire retraite lorsqu’il s’est retrouvé seul en lice, lâché par Barack Obama. Lequel a démontré en cette occasion qu’on a toujours tort de tracer des «lignes rouges»…

Merci pour ce moment Monsieur le Président.
L’espace d’un après-midi nous nous sommes repris à rêver. Mais d’un après-midi seulement.

Le peuple français est, pour reprendre les propos de Manuel Valls, «un grand peuple, politique, exigeant, qui sait parfaitement décrypter, qui attend des arguments, une expérience». Votre rival malheureux a cru, à tort, que cette lucidité des Français lui permettrait de l’emporter contre vous. Il avait oublié que ceux-ci en étaient arrivés à un point d’exaspération tel à son encontre qu’il n’avait pas la moindre chance contre un candidat de votre type, chouchou des médias que nous ne qualifierons pas, nous, de propagande.

Ne commettez pas la même erreur. Ne vous illusionnez pas sur l’impact de votre brillante sortie versaillaise. Vous ne représentez, pour l’heure, que 40% des Français.

* Philippe Migault
directeur du Centre européen d’analyses stratégiques, analyste, enseignant, spécialiste des questions stratégiques.

Enregistrer

Enregistrer

Une pensée sur “La politique étrangère de l’oisillon qui se prend pour un aigle

  • 06/06/2017 à 19:27
    Permalink

    L’outrance et les injures ne grandissent jamais leurs auteurs; au contraire.

Commentaires fermés.