Avec la mort de l’imam Boikary Fofana,la Ouattarandie est en deuil

LE DOSSIER D’AUJOURD’HUI

MORT DE CHEICK BOIKARY FOFANA . LA OUATTARANDIE EN DEUIL.

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LE DOSSIER D’AUJOURD’HUI

MORT DE CHEICK BOIKARY FOFANA . LA OUATTARANDIE EN DEUIL.

En Côte d’Ivoire, les hommages se succèdent après la mort de l’imam Boikary Fofana, le président du conseil supérieur des imams, des mosquées et des affaires islamiques en Côte d’Ivoire (COSIM). D’Alassane Ouattara, le chef de l’Etat ivoirien, à Hamed Bakayoko, le ministre de la Défense et intérimaire d’Amadou Gon Coulibaly hospitalisé en France en passant par Cissé Bacongo, le maire de Koumassi, les témoignages sont unanimes et émus, signe d’un deuil qui touche le pays mais particulièrement la ouattarandie.

C’est par une journée qui s’annonçait pluvieuse ce dimanche 17 mai que le président du conseil supérieur des imams, des mosquées et des affaires islamiques, Boikary Fofana a quitté les siens. Quelques heures plus tard, de lourdes averses sont tombées sur la ville d’Abidjan cherchant sans doute à rendre légère la terre qui va ensevelir dans les prochains jours cet homme reconnaissable à sa barbe qui encerclait ses deux pommettes avant de disparaître à la lisière du calot qui ne quittait jamais sa tête.

Destin.

Boikary Fofana est donc mort. A deux jours de la nuit du Destin qui vaut pour le musulman mille nuits d’adoration. Il est surtout mort pendant le carême et donc dans une période de pénitence si chère à l’Islam. Sans doute, cela pourra-t-il le consoler de n’avoir pas pu atteindre la nuit sainte alors qu’il n’était que dans sa 77è année, mais aussi un ultime réconfort pour sa famille qui peut ainsi s’assurer de la félicité promise à ce fidèle du COSIM.

Coronavirus aidant, les médias ivoiriens n’ont pas cherché longtemps pour trouver les causes exactes de la brusque mort de cet imam trop impliqué politiquement et fervent soutien du régime d’Alassane Ouattara qu’il se gardait d’ailleurs de critiquer. Du moins publiquement. Le chef de l’Etat a d’ailleurs regretté « un grand homme de foi, un artisan de paix et du dialogue entre les confessions religieuses » et présenté ses condoléances les plus attristées à sa famille et à la communauté musulmane de Côte d’Ivoire dont il était devenu le chef incontesté depuis qu’il est arrivé à la tête de la Côte d’Ivoire.

Silence de l’autre côté.

Mêmes condoléances émues de Guillaume Soro, le président de Générations Peuples Solidaires (GPS) triste de « la nouvelle du décès du Cheick Boikary Fofana que j’ai connu », écrit l’ancien président de l’Assemblée nationale qui considère le défunt comme « un homme de foi. En toute circonstance. » Quant à Cissé Ibrahim Bacongo, il rappelle que c’est « au moment où la communauté musulmane observe le Ramadan (que) notre pays enregistre la perte d’un grand homme de foi et serviteur de l’Islam », écrit le maire de Koumassi.

Leurs hommages font cependant écho au lourd silence observé du côté du Conseil national islamique écrasé par le règne du défunt président avec le soutien des nouveaux dirigeants de la Côte d’Ivoire.

D’ailleurs, l’imam Idriss Koudouss, l’ennemi juré du défunt, continue d’accuser le coup et selon les dernières nouvelles, il serait malade depuis de nombreuses années. Le président du CNI et celui du COSIM s’étaient d’ailleurs régulièrement retrouvés face-à-face dans une quasi guerre religieuse avant que sonne l’hallali de la chute de Laurent Gbagbo qui l’éteignit. Laurent Gbagbo avait lui aussi tenté d’arbitrer cette violente confrontation. En pure perte et sans jamais recueillir la moindre gratitude.

Préséance.

Koudouss et Boikary Fofana s’étaient d’abord ligué contre Diaby Moustapha, dit Kowëit, accusé d’avoir offert la communauté musulmane à Henri Konan Bédié durant sa présidence. Puis Idriss Koudou été accusé à son tour par le COSIM et Boikary Fofana de soutenir Laurent Gbagbo au nom de ses intérêts. Aucun d’eux ne lavait pourtant blanc puisque Boikary Fofana s’était rangé très tôt aux côtés d’Alassane Ouattara dans sa guerre, au sens propre comme figuré, contre Laurent Gbagbo.

Le triomphe du premier lui avait ainsi permis de prendre la tête de la communauté musulmane de Côte d’Ivoire et de liquider le CNI. Et comme nul n’est jamais aussi fort pour être le maître s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir, le COSIM s’est emparé de l’Imamat, des mosquées et de toutes les affaires islamiques de Côte d’Ivoire.

Le président du COSIM voulait ainsi faire progresser l’Islam au sein des institutions ivoiriennes lui qui avait défendu le principe de la laïcité sous Bédié. Et s’il s’est réjoui, dans une interview accordée à Fraternité, que des écoles coraniques sont désormais reconnues par l’Éducation nationale, donc par l’Etat, en revanche il s’est montré déçu que les personnes diplômées dans des langues arabes n’obtiennent pas du travail à la Fonction publique.

Boikary Fofana était en effet tout tourné vers la communauté musulmane à tel point que le COSIM condamne, dans une déclaration lue à la presse, le harcèlement judiciaire dont est l’objet Tariq Ramadam, l’islamologue français très réputé mais qui fait l’objet d’une série de plaintes pour viol en ce moment-là.

Anti-musulman.

En dehors de la situation de ce professeur d’Islam intervenant dans de grandes universités islamiques, aucune autre situation interne ne trouve grâce aux yeux du président du COSIM. Par exemple, ni aucune déclaration ni la moindre médiation n’est initiée pour la libération du président Laurent Gbagbo qui était néanmoins resté proche de la communauté musulmane du pays.

D’ailleurs sous l’égide de Guillaume Soro, une nouvelle théorie voit le jour. Elle consiste à dépeindre l’ancien président ivoirien comme un anti-musulman primaire qui faisait tuer tous ceux qui portaient un boubou durant sa présidence.

Le président du COSIM aurait pourtant pu faire cesser cette accusation d’autant plus puérile que des images de l’ancien président, se tenant entre lui et Idriss Koudouss tous les deux habillés en boubou ont été immortalisées par les médias ivoiriens.

Boikary Fofana n’avait pas non plus été compatissant face à la dépouille de Mamadou Ben Soumahoro rapatrié du Ghana où l’ancien député était en exil depuis la chute de Laurent Gbagbo.

Mamadou Ben Soumahoro avait régulièrement critiqué Alassane Ouattara comme un accro du pouvoir qui n’hésiterait pas à user de la force pour parvenir à la présidence. A sa mort, tous avaient pourtant espéré que le chef de l’Etat assistât à ses funérailles pour ne serait-ce que montrer son pardon. Bien au contraire.

D’ailleurs, comme Alassane Ouattara, le COSIM n’avait pas autorisé les Imams d’Abidjan à prier pour le défunt. Ce à quoi s’étaient finalement attelés les Imams du Denguélé dont Mamadou Ben Soumahoro était originaire. Ainsi va la vie !

SEVENRINE BLE
Joseph.titi@yahoo.fr
Tel : +225 58 36 01 93
communiqué par Alexis Gnagno

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Feu Cheick Boikary Fofana

Fragilisé par un diabète et une cardiopathie, dont il souffrait et qui l’avait emmené à récemment séjourner en France pour des soins, le Cheick Aïma Boikary Fofana est décédé dimanche à Abidjan des suites du Covid-19 à l’âge de 77 ans, confirme son entourage à KOACI.

Figure locale incontournable de l’islam, les obsèques de Boikary Fofana ont débuté hier lundi, à la mosquée de la Riviera Golf à Cocody par la présentation des condoléances.

Décédé en plein jeûne du Ramadan, KOACI apprend ce mardi que le Président du Conseil supérieur des imams, des mosquées et des affaires islamiques en Côte d’Ivoire (COSIM-AMSI), imam principal de la mosquée des II-Plateaux Aghien, a été inhumé ce jour dans la stricte intimité familiale.

Ancien cadre de banque le Cheick Aïma Boikary Fofana a joué un rôle déterminant dans la structuration de l’Islam moderne en Côte d’Ivoire.

Jean Chrésus, Koaci.com – mardi 19 mai 2020 –

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