Agrobusiness : une comédie qui dure…

Dénigrement de l’Agro-business
La grosse comédie de Ouattara à Paris

En visite à Paris, où il venait de s’entretenir à l’Élysée, mercredi 15 mars 2017, avec son homologue François Hollande, le chef de l’Etat ivoirien Alassane Ouattara a cru devoir dénigrer en ces termes, l’Agrobusiness qui défraie la chronique en Côte d’Ivoire : «L’agrobusiness, c’est un problème d’escroquerie par un certain nombre de personnes qui font d’ailleurs l’objet de poursuite. Des mandats d’arrêts internationaux ont été émis et les remboursements ont commencé aujourd’hui (mercredi 15 mars 2017, ndlr) pour protéger les ivoiriens contre de telles pratiques. C’est cela notre rôle et nous l’avons engagé».

Voir l'événement: Déjeuner avec M. Alassane OUATTARA, Président de la République de Côte d’IvoireEn clair, le chef de l’Etat ivoirien, économiste de la version libérale, donne le sentiment que l’Agrobusiness surprend son gouvernement, et que cette « escroquerie » vient d’être découverte seulement depuis un ou deux mois. Mais à observer l’histoire de cette opération économique en Côte d’Ivoire, on se rend bien compte que la sortie de Ouattara relève d’une pièce théâtrale de haute facture. Et les premiers éléments qui manifestent cette conviction viennent de l’honorable Cissé Ibrahima Bacongo, député de Koumassi, ex-ministre de l’Enseignement supérieur, puis de la Fonction publique, ex-Conseiller spécial chargé de la Réforme constitutionnelle d’Alassane Ouattara lui-même, de son interview accordée au confrère en ligne afrikipress début mars 2017 : « Il faut dire que cette affaire dure depuis 2012. Monhevea est une société qui a été créée en bonne et due forme en 2012 dont les statuts ont été déposés, qui est connue aux impôts, qui est en partenariat avec toutes les banques de la place. Je dis bien toutes les banques de la place, les banques qui sont sous le contrôle de la Bceao, de la Commission bancaire. Au regard donc de ce partenariat, les souscripteurs font les versements à leur banque tout comme ils perçoivent leur retour sur investissement dans les banques. La société a fait beaucoup de campagnes publicitaires à travers des panneaux publicitaires, mais aussi des spots à la télé précisément sur la première chaine. Tout cela pour dire qu’en réalité, la société n’ayant pas vécu dans la clandestinité, pourquoi se fait-il que c’est maintenant son existence et son fonctionnement ont pu être remarqués.»

Et donc si depuis 2012 cette activité se développe en Côte d’Ivoire, sous le régime du même Alassane Ouattara et que malgré cela, il tient ce discours à l’étranger, il y a lieu de se poser des questions. Et on peut dire que Cissé Bacongo insiste pour marquer son étonnement relatif à l’attitude du pouvoir vis-à-vis des entreprises de l’Agrobusiness. Si vraiment «L’agrobusiness, c’est un problème d’escroquerie par un certain nombre de personnes qui font d’ailleurs l’objet de poursuite », alors comme se demande Bacongo : « Comment se fait-il que depuis 2012 une société qui utilise l’épargne des populations ait pu échapper à tous les radars des banques, de la banque centrale, de la Commission bancaire ? Il semblerait même que la société avait suspendu ses souscriptions depuis octobre dernier et que jusque-là aucune plainte d’un souscripteur n’a été enregistrée concernant son non payement. Je pense que les enquêtes qui sont en cours permettront de situer les responsabilités parce qu’il y a forcément des responsabilités. Au-delà de l’opérateur et du promoteur, il y a des responsabilités à tous les niveaux ».

Mais sur l’ambigüité de la logique des pouvoirs publics à propos de ce dossier, le parti de Gbagbo, à travers une déclaration de son Vice-Président le Prof Bruno Gnaoulé Oupoh « Sur la situation sociale en Côte d’ivoire » le samedi 11 Mars 2017, situe plus loin le début des activités agrobusiness en Côte d’Ivoire : « Depuis 2008, des jeunes ivoiriens se sont investis dans les affaires notamment dans l’agro-business à travers le financement participatif. Ils répondaient ainsi qualitativement à l’appel des pouvoirs publics sur la nécessité pour les ivoiriens de s’essayer à l’entrepreneuriat puisque la fonction publique ne peut les embaucher tous. » L’agrobusiness, est-ce vraiment comme le dit Ouattara à Paris, un problème d’escroquerie par un certain nombre de personnes, et qu’il s’agirait pour le pouvoir, de protéger effectivement les Ivoiriens contre de telles pratiques ? Est-ce exact ? Pourtant, selon le parti de Gbagbo, « cette activité a été promue directement et indirectement par nos gouvernants à travers plusieurs leviers d’Etat ». Et l’appui de l’Etat à ce projet a pris la forme suivante selon Gnaoulé Oupoh : L’agrément délivré par Cepici ; les impôts perçus ; les publicités et publireportages de ces entreprises passés à la Rti, media public d’Etat, depuis plus de trois ans ; la caution de l’Assemblée nationale, accueillant au sein de l’hémicycle au moins deux exposés d’Agronomix Monhevea ; le parrainage du gouvernement concernant les conventions du groupe Agronomix Monhevea, invitant les dirigeants de cette entreprise à participer au forum de Milan et décoré son Pdg ; les Conseils des produits d’exportations ayant délivré des agréments d’exportation de Café, Cacao et de l’anacarde au groupe Agronomix et enfin l’accompagnement de ces entreprises dans leurs activités par les banques commerciales (Nsia Banque, Ecobank…).

Lorsqu’on voit tout cela, on est bien souvent tenté de se demander : « Mais enfin, pourquoi Alassane Ouattara croit toujours devoir étonner le monde, même là où cela n’en vaut pas la peine ? » Est-ce une obsession que d’étonner quand bien même le monde qui, en vérité, a plus besoin de progrès politique et social que des étonnements pour le moins étonnants ? Car, à engager l’Etat dans le soutien au projet Agrobusiness à un tel niveau d’implication et venir ensuite, sur l’esplanade de l’Elysée, abîmer de la sorte et le discours politique et l’élan économique de son pays, il y a nécessairement une part de théâtralité, une pirouette comique dont le chef de l’Etat a l’expertise. Chapeau, Brave-tchê !

Germain Sehoué
gs05895444@yahoo.fr

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